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Je reviens d’un voyage quelque peu éreintant. Toutefois, il y a des choses dont j’ai toujours aimé lors d’un voyage. À part les découvertes, je ne peux me passer d’observer l’être humain.

Deux personnes ont attiré mon attention. Je ne vous parlerais toutefois que d’une seule, faute de temps.

Lors de mon retour, j’étais assise côté couloir. J’aime bien, j’ai le sentiment d’avoir la voie libre en cas de pépin. Pas que je sois peureuse mais… sait-on jamais. Bon… on sait que s’il y a pépin en plein ciel, la probabilité d’en sortir vivant est bien minime. Je fais quand même mon choix pour le repos de mon âme. Non. Je corrige, pour le repos de ma conscience ou plus simplement, pour pouvoir dormir tranquille. Voilà qui est expliqué.

Je me demande si tous les voyageurs solitaires sont comme moi : je suis toujours curieuse de savoir qui sera ma voisine ou voisin de voyage. Jusqu’à présent, je n’ai eu que des hommes. Des jeunes et des moins jeunes.

Cette fois-ci, il arrive. Ticket d’embarquement en main, il cherche son numéro de siège. Il marche lentement, gêné par son bagage à main. Jeune, beau. Très beau. Trop même…

Un sweat-shirt moulant noir, un jeans dernier cri. Très bien rasé, moustachu. Très bien coiffé avec ses cheveux courts. Freddy Mercury n’a qu’à bien se tenir, je viens de découvrir son sosie. Il a même une bague à une pouce.

Il se plante à mon niveau et me demande de déposer ses affaires sur le siège côté hublot. Très respectueux, avec un accent français très prononcé. Rien de surprenant, c’est un vol Paris CDG – Montréal. La seule chose dont j’arrive à différencier par rapport à leur accent, c’est ceux du sud. Autrement, mon oreille ne fait aucune différence. Quoique… Il y en a un qui m’énerve. Un qui est tiré, hautain, presque arrogant. Je crois que c’est l’accent des parisiens. Je ne suis pas certaine pour autant.

Après avoir rangé son bagage, il prend son siège. Jusque là, tout va bien. Ma première impression : j’ai affaire à un perfectionniste. C’est très clair dans ma tête. À voir comment il est habillé et coiffé, tout est à sa place. Aucune fausse note.

L’avion est encore sur le tarmac. J’essaie d’engager une conversation. On a quand même sept heures de voyage, autant l’animer. Après quelques échanges anodins, la conversation est coupée court. C’est la noyade. Mon jeune voisin parle d’une manière théâtrale.  Quelque chose ne va pas dans ce décor mais je n’arrive pas à la pointer du doigt. Hum…

C’est l’heure de l’apéro. Je prends un verre d’eau. Mon voisin demande « du champagne, s’il vous plaît ». Après tout, c’est son droit le plus absolu. Si je ne suis pas contente, je n’ai qu’à me taire. Je me tais, oui mais… mon appréhension se confirme de plus en plus. Quelque chose ne tourne pas rond. À sa façon de s’adresser aux hôtesses, on dirait qu’il prend de faux airs… Serait-il un acteur inconnu ? Un mannequin ? Mon imagination bouillonne.

C’est dans ces moments que j’aurais aimé avoir un laptop me suivre partout.

Durant le reste du voyage, je l’ai laissé tranquille dans son coin. On ne peut forcer personne à discuter. Il est resté muet, sauf pour aller aux toilettes et pour emprunter mon stylo.

À un moment donné, j’aperçois que mon voisin caresse quelque chose. Ohlala… j’ai eu peur. Je l’ai regardé de travers, comme si je l’épiais. C’est peut-être ça qu’on appelle du voyeurisme ? Je ne sais pas. Quoi qu’il en soit, ce n’était pas du tout ce que je pensais. En fait, il a mis le coussin sur ses cuisses. C’est ce coussin qu’il caresse comme si c’était un chat… Tout le long du voyage, il n’a pas arrêté.

Je me disais bien… Quelque chose ne tourne pas rond.

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